Janvier - Mars 2025 - Bienvenue sur le site du Quatrième Groupe
Cette fin d'année 2025 a été marquée par de nouvelles offensives contre la psychanalyse et les pratiques qu'elle inspire dans le champ du soin psychique. Il serait naïf d'imaginer que cette guerre, qui dure, s'intensifie (et n'est probablement pas prête de s'arrêter), soit seulement l'expression d'une hostilité à l'encontre de notre discipline. Assurément, elle est aussi l'expression décomplexée des logiques essentiellement comptables, financières, qui organisent l'économie capitaliste, et des orientations politiques qu'elles inspirent. Comment la psychanalyse se situe-t-elle au regard de ces logiques - auxquelles nolens volens elle participe -, et est-elle capable aujourd'hui d'en fournir une critique qui aille au-delà de la simple dénonciation ?
La psychanalyse doit certes rendre compte de sa rationalité, de sa rigueur et de sa pertinence théorico-clinique, surtout lorsqu'elle est en interaction, comme c'est le cas dans les institutions de soin, avec d'autres disciplines. Cependant, La mise au silence, dans ce débat, de la dimension d'artisanat, voire parfois d'art, de la pratique clinique et de sa transmission, a fortiori lorsqu'elle est guidée par la psychanalyse, est tout à fait questionnante. Notre processus de formation au Quatrième Groupe, à cet égard, s’apparente davantage à un compagnonnage exigeant qu’à une formation universitaire. Serions-nous à ce point fascinés par le discours scientifique (et plus précisément par celui des sciences de la Nature) et ses prouesses techniques que nous ne percevrions plus les ravages qu'il occasionne, et qui s’étalent pourtant quotidiennement sous nos yeux ? Ce discours déchiffre-t-il mieux les drames et les impasses de l'humanité que ne le font à leur manière l'art2, les mythes ou les religions ? Si les humains ont depuis toujours pris appui sur ces paroles pour tenter d’habiter le monde, il est en revanche assez douteux que le discours scientifique, à lui seul, le permette.
Les modalités de soin psychique qu'on ne cesse offensivement, depuis des années, de vouloir imposer, en disent peut-être davantage sur ceux qui les promeuvent que sur la psychanalyse. Il faut en effet avoir une vision singulièrement étriquée de la vie psychique pour penser que sa souffrance puisse se guérir, se résorber, en suivant un protocole bien établi et validé scientifiquement. Le cas échéant, les psychanalystes n'y verraient probablement qu'un effet de suggestion hypnotique - soit la réitération d'une soumission. On se demande bien comment les promoteurs de telles solutions psychothérapeutiques se débrouillent de leur côté avec, pour ne parler « que » d’elle, la question du sexuel. La plus minimale des expériences psychothérapeutique (pour ne pas dire tout simplement de la vie), devrait logiquement vacciner quiconque contre la prétention de trouver une solution ferme, définitive, scientifique, à ce problème qui tourmente l'humanité depuis, disons, la nuit des temps, et la rend aussi irrémédiablement folle que, parfois, géniale. De ce point de vue, traiter le problème en cherchant à éradiquer la psychanalyse n'y changera strictement rien.
Face à ces enjeux, la réponse de la psychanalyse ne réside pas dans une surenchère discursive, mais dans le maintien rigoureux d'espaces de réflexion et de transmission. C’est dans cette perspective de travail clinique et théorique que s’inscrivent nos prochains rendez-vous :
. Dans la suite du séminaire de Jean-François Chiantaretto et Yves Lugrin, aura lieu le samedi 10 janvier une journée d'études (en collaboration avec la Société de Psychanalyse Freudienne) intitulée : « Actualité de Piera Aulagnier - Se construire un passé ». ( →ici)
. Le samedi 21 mars et le dimanche 22 mars auront lieu enfin les Journées scientifiques du Quatrième Groupe sur le thème : « Les visées de la cure, aujourd'hui ».
Une très bonne année à tous !
Olivier Paccoud
Responsable du site
- N. Zaltzman, De la guérison psychanalytique, Paris, Puf, 1998.
- Saint-John Perse, à propos de la poésie : « L'obscurité qu'on lui reproche ne tient pas à sa nature propre, qui est d'éclairer, mais à la nuit même qu'elle explore, et qu'elle se doit d'explorer : celle de l'âme elle-même et du mystère où baigne l'être humain. Son expression toujours s'est interdit l'obscur, et cette expression n'est pas moins exigeante que celle de la science. » (Allocution au banquet Nobel du 10 décembre 1960. Gallimard/Pléiade, 1972, 445-6.)

