Avril - Juin 2026 - Bienvenue sur le site du Quatrième Groupe
Les journées scientifiques du Quatrième Groupe de mars 2026 ont été consacrées aux « visées de la cure aujourd’hui ».
Quel est le sens de la cure psychanalytique, et en quoi se distingue-t-il des autres méthodes psychothérapeutiques ? Quand, de leur côté, l’enjeu semble avant tout d’éradiquer le symptôme, pensé du côté du déficit, ou encore d’un trouble dit neurodéveloppemental, la psychanalyse lui donne au contraire la dignité d’un problème concernant l’ensemble humain.
Le terme de « visée », pour être plus souple et plus ouvert que celui de « but », n’en assigne pas moins à la cure l'idée d'une certaine direction, voire d'une finalité — raison pour laquelle plusieurs intervenants de nos journées l’ont trouvé excessivement objectivant. La formulation proposée soutient en outre, tout à la fois, l'hypothèse d'une pluralité des perspectives, mais également d'une sorte de téléologie consubstantielle au dispositif. Ainsi donc, la cure « viserait » quelque chose, serait porteuse d’intentionnalité(s) outrepassant les attentes respectives, conscientes ou inconscientes, des protagonistes de l’expérience.
Proposons une première hypothèse qui déplace et complexifie le projet, aussi élémentaire qu’essentiel, de soulager la souffrance psychique : l'expérience psychanalytique viserait à ouvrir et à mettre au travail les modalités singulières d’appropriation d'une méthode — la règle fondamentale —, sous son double aspect d’association libre et d'écoute librement flottante. La mise en œuvre optimale de cette méthode permettrait l’exploration dynamique de l’appareil psychique (G. Bazalgette), mais également l’émergence de visées ajustées à chaque cure (L. Ruiz).
Une telle proposition donne une représentation claire et circonscrite des visées de la cure ; peut-être constitue-t-elle même un critère spécifique de la guérison psychanalytique. Pour les protagonistes de cette expérience, il s'agirait donc, paradoxalement, de parvenir à s'affranchir de toute visée, c’est-à-dire d’investir le cheminement lui-même, en se laissant guider par la pulsation du sexuel inconscient.
Cette perspective est conforme à l’idée, essentielle, d’une « suspension des représentations-buts » (Freud), visant à n'assigner aucun projet particulier au traitement psychanalytique. Une telle suspension serait-elle toutefois envisageable sans le support d’une intentionnalité inconsciente suffisamment structurée, apte à vectoriser, via le transfert, le processus analytique ? Ne suppose-t-elle pas en outre de pouvoir faire fond sur une réalité psychique indépendante, suffisamment dégagée de l’emprise, passée et actuelle, de l'environnement socio-historique ? Cette perspective trouve ses limites dans toutes les situations où, précisément, l'environnement n'a pu être métabolisé par la psyché, créant des zones de confusion entre soi et l’autre. Dans de telles configurations, le travail analytique viserait d'abord l’édification d’un abri subjectif, via la réappropriation d’éprouvés parfois extrêmement archaïques, engageant notamment la dimension du « paroxysme »1.
On peut opposer une autre conception de la cure à celle, « classique », consistant à la penser en dehors et à l'abri de toute actualité sociale. Il s’agirait alors de la concevoir comme un micro-dispositif instituant visant, au même titre que le travail du politique, l’accès à l’autonomie (C. Castoriadis2), voire de l'envisager comme un « rituel thérapeutique » spécifique de nos sociétés individualistes3. Loin de se soustraire aux enjeux sociaux, elle viserait au contraire à favoriser chez l’analysant une appropriation originale du « contrat narcissique » (P. Aulagnier), voire à le doter d’une lucidité réflexive augmentée quant à son inscription dans l’espace social.
La pluralité et la richesse des réflexions développées sur « Les visées de la cure aujourd'hui » donnent un aperçu de la fécondité de la réflexion psychanalytique à l'œuvre durant ces journées ; elles donnent aussi à entendre qu’en refusant d'assigner un but unique et standardisé à la cure, en défendant l'existence de visées multiples et mouvantes — propres à chaque rencontre clinique —, le dispositif psychanalytique soutient une visée éthique : protéger le sujet de toute injonction normative et lui restitue sa capacité de choix.
Terminons cet éditorial par quelques dates importantes concernant les activités scientifiques du Quatrième Groupe à venir :
- Nos Rencontres théorico-cliniques auront lieu à Paris le samedi 13 juin : cet événement, réservé aux membres et participants du Quatrième Groupe, sollicite des prises de paroles individuelles depuis des thématiques abordées dans nos groupes de travail. →ici
- Dans le cadre du centenaire de la Société Psychanalytique de Paris, aura lieu à Paris, le samedi 20 juin, une table ronde réunissant, outre des membres de la société organisatrice, des représentants de l’Association Psychanalytique de France, la Société Psychanalytique de Recherche et de Formation, du Quatrième Groupe et de la Société de Psychanalyse Freudienne. →ici
- Du 21 au 27 Août, aura lieu enfin au Centre Culturel International de Cerisy un colloque co-organisé par le Quatrième Groupe, la Société Psychanalytique de Montréal et la Société Belge de Psychanalyse. Son thème : La psychanalyse altérée ? Écouter, transformer, transmettre aujourd’hui. →ici
Olivier Paccoud
Responsable du site
1 Référence aux échanges fructueux avec notre invité, l’historien Christian Ingrao.
2 https://www.youtube.com/watch?v=34mU9fMOBy8&list=PLHlAAPlvPxGmORqslMwyaiU7fnk1p5OFS
3 Castel, P.-H. (2021). Mais pourquoi psychanalyser les enfants ? Editions du Cerf.
